Première fois.
Le soleil filtrait à travers les rideaux légers quand Mia ouvrit les yeux. Son rêve de la nuit flottait encore à la surface de sa mémoire - étrange, vibrant, presque réel. Elle se leva lentement, attrapa son téléphone et lut le message de Nora : " Ce soir, petite soirée estivale chez moi, à partir de 18h. Viens comme tu es! "
L'idée d'un moment entre amis en plein air lui plaisait. Elle choisit une robe légère et se dirigea vers la maison de Nora, un peu à l'écart de la ville, entourée de champs dorés. Quand elle arriva, des rires flottaient déjà dans l'air chaud du soir. Elle poussa la barrière de bois et entra dans le jardin. Mais après quelques pas, elle s'arrêta net.
Autour de la grande table en bois, sous les guirlandes lumineuses, les invités riaient, discutaient, buvaient… entièrement nus. Mia cligna des yeux, persuadée un instant d'être encore dans un rêve. Puis elle reconnut Nora, assise avec naturel sur un coussin, nue elle aussi, un verre de rosé à la main.
"Mia ! Tu es venue !" s'écria Nora avec un grand sourire, sans faire de cas de sa propre nudité. "Je t'avais dit que ce serait une soirée un peu spéciale. C'est un cercle naturiste que j'ai rejoint récemment. L'idée, c'est liberté, nature, simplicité. Tu veux un verre ? "
Mia se sentit rougir. Son cœur battait vite. Une part d'elle voulait tourner les talons, mais une autre, curieuse, intriguée, se demandait ce que cela ferait de lâcher prise, juste un instant.
Elle sentit son cœur battre plus fort lorsqu'elle fit un pas hésitant dans le jardin baigné par la lueur dorée du crépuscule. L'air tiède glissait sur sa peau tandis qu'elle s'avançait, lentement, les bras croisés dans un réflexe de pudeur. Devant elle, les conversations allaient bon train, entre éclats de rire et tintements de verres. Les corps nus, loin d'être provocants, semblaient appartenir à une autre réalité, paisible, libérée.
Un sourire discret se dessina sur ses lèvres : elle n'était pas partie.
Elle avait posé ses vêtements sur la pile d'autres tissus colorés sous le grand érable, et s'était servie un verre de vin rosé légèrement frais. Les premières minutes furent flottantes, presque irréelles, mais à mesure que le temps passait, une forme de calme l'envahit. Il n'y avait ni regards insistants, ni malaises visibles, seulement une fluidité dans les échanges, une simplicité désarmante.
C'est alors qu'elle la vit.
Appuyée contre le tronc d'un olivier, une femme discutait tranquillement avec deux autres convives. Elle avait une posture décontractée qui trahissait une aisance naturelle. Ses cheveux châtains foncés, bouclés et un peu sauvages, encadraient un visage marqué par le soleil et l'assurance. Elle ne cherchait pas à se faire remarquer, mais Mia ne pouvait détacher ses yeux d'elle.
Comme si elle avait senti son regard, la femme se tourna vers elle. Un échange silencieux se produisit : un sourire franc, sans détour, et un petit hochement de tête.
Quelques minutes plus tard, elle s'approcha.
"Première fois?" demanda-t-elle simplement d'un ton doux presque complice.
Mia hocha la tête en riant légèrement, consciente du double sens et de la vérité qu'il portrait.
"Je m'appelle Emma. Tu as l'air plus à l'aise que tu ne le crois."
"Mia. Et… je crois que je suis surtout curieuse."
Emma inclina la tête avec intérêt.
"C'est un bon début. La curiosité, c'est ce qui nous pousse à franchir des seuils."
Le reste de la soirée se déroula comme un rêve éveillé. Elles parlèrent longtemps, isolées dans leur bulle au milieu des autres. De musique, de voyages, de solitude, de chaleur, de peurs. Les mots glissaient, portés par le vin et l'atmosphère feutrée du jardin nocturne.
Quand Mia rentra chez elle plus tard dans la nuit, ses pas étaient légers, ses vêtements froissés dans un sac. Elle avait l'impression d'avoir laissé autre chose derrière elle que du tissu. Un poids, peut-être. Ou une ancienne version d'elle-même.
Elle ne savait pas encore où cela la mènerait. Mais une chose était sûre : Emma n'allait pas quitter ses pensées de sitôt.
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