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Correspondances SensuElles.

 

Les jours suivants, Mia repensait souvent à cette soirée. Aux rires cristallins sous les lampions, à la liberté étrange qu'elle avait goûtée… et surtout à Emma. Elle se surprenait à chercher son visage dans la foule, à s'arrêter sur des phrases qu'elle avait dites, à imaginer la texture de sa voix.

Un soir, presque sans réfléchir, elle écrivit à Nora
" Tu pourrais me passer le contact d'Emma? Je crois qu'on s'est bien entendues."

La réponse fut rapide, avec un emoji malicieux.
"Evidemment. Elle m'a demandé la même chose. ;)"

Elles s'échangèrent quelques messages simples d'abord. Puis des échanges plus profonds. De ces conversations de fin de journée, où les pensées se délient. Un jour, Emma propose un café dans un petit salon feutré du centre-ville. Un lieu discret, entouré de plantes,avec des livres anciens et une odeur de cannelle dans l'air.

Mia arriva d'avance. Elle la vit entrer - même démarche calme, cette élégance sans fard, et ce regard direct qui ne demandait jamais la permission d'exister.

Après quelques banalités, Emma les mains posées autour d'une tasse brûlante, l'observa avec un sourire qui révélait autant de la curiosité que du plaisir.

 

"Tu sais, j'ai pensé à toi plus que je m'y attendais."
"Moi aussi…" Mia baissa les yeux. "Tu as quelque chose d'un peu… insaisissable."
Emma sourit, comme si elle acceptait le compliment sans le nier ni le gonfler.

"Peut-être parce que je vis dans un monde où on apprend à laisser l'ambiguïté vivre sa propre vie."
"Qu'est-ce que tu veux dire?"

Emma laissa passer un silence.

"Je suis éditrice. Je travaille avec des auteurs qui écrivent… disons, des récits pour adultes. Mais pas de la vulgarité - du vrai travail littéraire. Erotique, assumé, parfois très cru, parfois d'une sensualité presque invisible."

Mia resta muette un instant. Elle ne s'y attendait pas, et pourtant… tout faisait sens. La manière qu'Emma avait de parler, de regarder, de s'installer dans le silence sans chercher à le combler.

"Tu choisis les histoires qu'on cache dans les rayons du fond?" dit-elle en souriant.
"Je choisis celles qu'on lit à voix basse, qu'on garde sur sa table de nuit, ou qu'on partage avec quelqu'un." Elle marque une pause. "Et parfois, je les écris aussi. Sous pseudonyme."

Mia sentit un frisson la parcourir. Pas de gêne, mais une forme d'excitation douce. Elle n'aurait jamais imaginé cela, et pourtant, elle avait envie d'en savoir plus. Beaucoup plus.

Emma la regarda droit dans les yeux.

"Tu as une sensibilité particulière, Mia. Ça se sent. Tu sais écouter, observer. Tu ressens les choses, je crois, plus profondément que tu ne le montres."
"Peut-être…" murmura Mia. " Et si je voulais lire ce que tu écris?"

Un sourire se dessina sur les lèvres d'Emma. Elle sortit une carte de visite toute simple, noire, avec seulement un prénom en lettres argentées, et un petit symbole discret - une plume couchée sur un lit de feuilles.

 

"Commence par ce site. Tu verras si tu veux tourner la page. Ou l'écrire avec moi."

Ce soir-là, Mia alluma son ordinateur d'un geste presque cérémonial. Elle avait attendu que la nuit tombe, que la ville se taise, que ses pensées soient assez calmes pour accueillir quelque chose de nouveau.

Elle entra l'adresse du site inscrit sur la carte d'Emma. Une page sombre apparut, minimaliste, élégante, avec juste un menu discret et un avertissement de contenu réservé à un public adulte. Elle cliqua, hésita un instant, puis laissa son regard errer.

Chaque texte portait un titre envoûtant. Pas de vulgarité, jamais. Plutôt des évocations : " Sous la peau du silence.", "Respirer contre elle.", "Cartographie d'un frisson." Des mots choisis comme des caresses, ou des confidences.

Elle en ouvrit un. Puis deux.

Puis, elle tomba sur celui signé du pseudonyme d'Emma.

Ce n'était pas tant l'histoire en elle-même - une rencontre entre deux femmes dans une maison d'été - qui la bouleversa, mais la manière dont elle était racontée. Il y avait cette précision sensorielle, cette lenteur presque douloureuse avec laquelle les gestes, les regards, les hésitations étaient décrits. Une façon d'entrer dans la peau de quelqu'un, dans son trouble, dans ses manques.

Chaque phrase semblait effleurer Mia. Comme si quelqu'un écrivait ce qu'elle-même n'avait jamais osé dire. Il ne s'agissait pas seulement de désir. C'était une nudité plus vaste, plus dangereuse : celle des émotions enfouies, des attentes muettes, des blessures anciennes réveillées par une caresse trop douce, trop juste.

A un moment, elle dut fermer l'ordinateur. Son souffle était irrégulier. Sa peau frissonnait. Elle se leva, fit quelques pas dans son salon plongé dans l'ombre, s'arrêta devant son propre reflet. Elle ne s'était jamais vue ainsi : vulnérable, confuse… et pleinement vivante.Elle comprit que ce texte, ce style, cette intensité… portaient la marque d'une femme qui la comprenait. Peut-être même avant qu'elle ne se comprenne elle-même.

Emma.

 

Elle retourna à l'ordinateur. Réouvrit le texte. Le lut à nouveau, cette fois plus lentement. Et à la fin, elle écrit, presque sans réfléchir, un message qu'elle ne relu même pas avant d'appuyer sur "envoyer".

"Ton texte m'a laissée sans voix. Il y a des endroits en moi que je croyais endormis. Tu les as touchés sans me connaître. Je crois que j'aimerais te lire… en vrai."

Quelques secondes plus tard, la réponse s'afficha.
Sobre. Claire. Irrésistible.

"Alors viens. Laisse-moi t'écrire autrement."

Mia referma le message d'Emma, le cœur suspendu. Elle n'avait pas prévu ce vertige, cette sensation d'avoir effleuré une partie cachée de son amie. Les mots d'Emma vibraient d'une intensité vivante - pleine d'élans, de doutes, de vérité. Elle se sentait à la fois touchée, troublée…

 


  trois  


Quelques jours plus tard, elles se retrouvèrent sur le banc d'un parc, sous le feuillage des arbres, pour rêver à voix basse.

" Tu as lu mes textes" souffla Emma sans détour, les yeux dans le vide.
"Oui… Je les ai lus, murmura Mia. Et je crois qu'ils m'ont bouleversée."
Emma tourna son regard dans celui de Mia.

"Tu écris ce que je ressens parfois sans réussir à le formuler. Comme si tu mettais des mots sur mes silences."

Un silence tendre s'installa, habité.
Puis Mia reprit, presque timide : "J'ai envie d'essayer. Avec toi."
Elle sortit un petit carnet de son sac - vierge encore, les pages attendant d'être peuplées - et le tendit à Emma.

Les yeux d'Emma s'illuminèrent.

"Premier mot, premier pas… ensemble ?"

 

 

Elle saisit le carnet, l'ouvrit écrivit une ligne. Puis le passa à Mia. Une phrase, un rythme, une voix commune qui se dessinait. Elles se mirent à écrire à quatre mains, sans plan, sans pression, juste portées par le plaisir de créer à deux.

Et peu à peu, dans les marges, entre les lignes, une autre histoire s'écrivait - celle d'une amitié qui prenait racine ailleurs, plus profondément. Une tendresse qui s'élargissait, se transformait. Quelque chose d'encore flou, mais fort.

 

     
   
  quatre  
   
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