L'ébauche.
Mia dessinait encore. Toujours. Son carnet débordait de silhouettes dansantes, de visages penchés sur un mystère, de mains qui semblaient toucher le papier de l'intérieur. Et pourtant, c'était Emma qu'elle cherchait. Dans chaque trait, chaque ombre. Elle était là, elle hantait l'espace comme une brume parfumée.
Le jour Mia se perdait dans ses esquisses. La nuit dans ses pensées.
Puis, un jour, un papier glissé sous sa porte.
" Tu crois toujours que tu dessines seule ? Viens voir. "
Un lieu. Une heure. Pas de signature. Mais il n'y avait qu'Emma pour écrire avec cette ironie tendre, presque mordante.
Le lieu ? Un ancien cinéma transformé en atelier d'art clandestin. A l'intérieur, des rideaux rouges, un projecteur, des peintures suspendues dans les airs comme en lévitation. Et au centre… une chaise. Un carnet. Un défi.
Emma surgit de l'ombre comme si elle avait toujours été là.
"Tu dessines ce que tu vois, mais sais-tu regarder ?"
Elle s'assit. Lentement. Croisa les jambes. Pas un mot de plus.
Alors Mia dessina. Mais chaque ligne tremblait. Emma ne cessait de changer. Un regard doux, puis narquois. Un sourire fermé, puis un éclat rieur. Elle était trop vivante pour tenir dans un carnet.
Et à la fin Emma se leva, s'approcha derrière Mia.
" Je préfère quand tu dessines sans tes yeux."
Puis elle l'embrassa juste là derrière l'oreille. Et disparut laissant derrière elle une seule phrase griffonnée sur la dernière page :
" Il y aura d'autres jeux. Prépare-toi à ne plus savoir ce qui est réel."
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