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Complices affectueuses

Un jeudi soir, Emma l'avait conviée à une soirée dans un appartement du quartier Belleville, chez Victoria. Mia avait hésité - des cercles de femmes qu'elle ne connaissait pas, ces rencontres à la fois douces et explosives, elles les imaginaient presqu'irréelles. Pourtant poussée par une curiosité nouvelle, elle était venue.

  Victoria  

 

 

 

Dès qu'elle avait passé la porte, elle avait été happée par une atmosphère qu'elle n'aurait su nommer : les rires fusaient dans des angles inattendus, l'encen au bois de santal serpentait dans l'air, et les coussins multicolores jonchaient le sol comme une invitation à s'asseoir là où le coeur la portait.

Il y avait là

Lilas : artiste textile, les mains toujours occupées à tresser, coudre ou peindre la soie. Elle parlait avec les yeux, lançant parfois des phrases fulgurantes sur l'amour ou la colère, puis se replonge dans son fil.

  Lilas  

 

Zara : qui avait quitté son travail dans la finance pour se former à l'herboristerie. Elle apportait des tisanes puissantes aux saveurs de cassis, de rose et de thym, comme des sorts doux.

  Zara  

 

Isabella : La plus vive danseuse contemporaine, qui ponctuait chaque récit d'un geste, comme si son corps refusait de rester en silence.

  Isabella  

 

Et Clara, dont le rire grondait comme un orage lointain. Clara écrivait des nouvelles érotiques sous pseudonyme et disait qu'aucune femme ne devrait s'endormir sans avoir senti le feu entre ses jambes au moins une fois par semaine.

  Clara  

 

Elles ne formaient pas un cercle au sens strict. Elles se retrouvaient par fragments, dans des salons bohèmes ou des parcs, dans des cuisines pleines d'odeurs ou des bains chauds partagés. Elles parlaient de politique et de peau, de ruptures et de rêves étranges, d'injustices et d'extases. Il y a avait parfois des pleurs, mais jamais de jugement. Une écoute rare, une intensité douce.

Mia se découvrait différente dans ces espaces. Moins en retrait. Un soir, c'est elle qui avait parlé, sans préparation, de ce qu'elle avait longtemps tu : sa peur de ne pas être "assez" - assez belle, assez libre, assez forte. Isabella l'avait prise dans ses bras sans un mot. Et Clara, en souriant, lui avait dit :
" Tu n'as pas besoin d'être assez. Tu es déjà."

 

A travers Emma, Mia est entrée dans une constellation. Pas une bande fermée, mais un archipel mouvant, aux rencontres imprévisibles. Une nuit, elles s'étaient retrouvées à sept dans une vieille maison au bord de la mer. Une autre fois, dans un studio minuscule à lire à lire à voix haute des lettres d'amour jamais envoyées. Chaque fois quelque chose se tissait. Fragile, mais vrai.

Et Mia sans s'en rendre compte, devenait l'un des fils de cette tapisserie éclatée.

Le salon baignait dans une lumière tamisée, adoucie par quelques guirlandes lumineuses et des bougies parfumées à la vanille. Une playlist jouait en fond, mêlant des airs de piano à des voix suaves qui donnaient à la pièce une atmosphère presque irréelle.

Sept amies, pieds nus en peignoirs ou en pyjamas de satin, étaient installées sur un tapis entouré de coussins, un verre de vin à la main. Chacune d'elles avaient amené quelque chose : des fraises, du chocolat noir, un vieux jeu de société, des souvenirs, et surtout, des secrets.

" Bon les filles, on joue à "Jamais, je n'ai jamais" ? lança Zara en levant un sourcil malicieux.
" Seulement si tu promets d'être honnête cette fois." répondit Lilas, en riant.
"Et toi Clara ? Tu participes ou tu vas rester mystérieuse ?

Clara sourit. Elle savait que ce genre de soirée, au-delà des jeux et du vin, était leur manière à elles de se retrouver dans une belle intimité où tout pouvait être dit sans peur d'être jugée.

Le jeu commença doucement : des anecdotes d'adolescence, des baisers volés, des mensonges inoffensifs… Puis, peu à peu, les questions se firent plus audacieuses,plus personnelles. Les regards se faisaient plus complices, les silences plus éloquents.

"Jamais je n'ai été amoureuse d'une femme " osa Zara.

Un petit silence flottait. Mia rougit légèrement. Lilas la regarda en coin.

" Ah… ça y est, on y vient."

 

 

Mia haussa les épaules, en souriant.

" Ce n'est pas si simple. Mais oui, peut-être… une fois."

Et alors que le vin coulait , les barrières tombèrent une à une. On évoqua les désirs cachés, les doutes, les moments de solitude, mais aussi les fantasmes. Cette soirée-là ne ressemblait pas à toutes les autres. C'était une parenthèse, un cocon, un lieu où l'intime se murmurait.

Et quand la fatigue commença à alourdir les paupières, les amies s'étreignirent en silence. Ce qui avait été dit resterait là, dans cette pièce pleine de chaleur et de tendresse.


  sept  


     
     
   
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